La Country Line Dance

Un moyen d’expression corporelle mais aussi culturelle...

Pour bien comprendre l’évolution de la danse country, sous ses aspects les plus divers, aussi bien l’incorporation des rythmes dans sa musicalité (Valse, Blues, Jazz, Cha Cha, Rumba,...), que la diversité des danses (danse en ligne, de partenaires, de couple...), il faut s’attarder, un instant, sur la danse au sens générique du terme, cette expression artistique et culturelle.

La danse, est avant tout une expression corporelle, une suite de mouvements exécutés en rythme, selon un certain ordre et généralement accompagnés d’une musique, d’un chant. Mais la danse est plus qu’une expression individuelle, elle devient un art, elle est parfois aussi un rituel, mais elle demeure avant tout un divertissement.

Pratiquée par un groupe, elle devient une expression culturelle. Chaque peuple danse avec une émotion différente, une gestuelle symbolique ou non, mais dans tous les cas, la danse est révélatrice d’un mode de vie. C’est pourquoi s’ajoutent aussi des accessoires tels que vêtements, ustensiles, chapeaux... qui la singularisent.

Dès lors, la danse possède des aspects psychiques non négligeables. Les effets de la danse vont au delà du simple plaisir corporel, puisqu’elle permet de véhiculer des idées, des émotions, voire même de l’histoire. Elle apporte surtout un très net sentiment d’appartenance et d’unité à un groupe animé par les mêmes mouvements et un rythme commun.

Ses racines profondes...

Un rien d’imagination est nécessaire pour se représenter la vie des premiers immigrants irlandais, écossais, anglais, auxquels s’adjoignent allemands et français, mais on comprend facilement que cette vie de pionniers qui défrichent, cultivent, explorent, bâtissent, ne réservait que peu de temps aux loisirs et à la rêverie. Alors quand, à l’occasion des fêtes familiales ou villageoises, le moment était venu de sortir le violon, le pipeau, c’était aussi l’instant privilégié pour chanter et danser en oubliant le dur labeur. C’est ainsi que la danse country a trouvé ses sources profondes dans les folklores irlandais et écossais, en parallèle avec la musique country née dans la région des montagnes Appalaches au cours du 18ème siècle.

C’est l’époque de la « Old Time Music », principalement exécutée sur les seuls instruments que les immigrants avaient emportés avec eux et qui étaient facilement transportables en leur vie de nomades : le violon principalement et quelques flûtes champêtres. Musique aux accents nostalgiques, rêverie des terres lointaines... peut-être, mais aussi aux rythmes syncopés qui empruntaient ses premiers airs aux différentes danses du folklore irlandais, enrichis des autres musiques populaires. Cette musique qui accompagnait les fêtes villageoises et familiales a donné naissance à la toute première expression de la danse country en couple.

Cette musique ‘rurale’ pour ‘country’ va vite trouver son originalité dans le sud des États-Unis, dans la région des plantations et du mélange de populations venues d’horizons très différentes avec chacune ses propres traditions. C’est ainsi que cette danse de couple va rapidement intégrer une grande diversité de pas, de figures, de chorégraphies, témoin de la diversité de ses influences culturelles, en même temps que de nouveaux instruments à cordes, tels que mandoline, guitare sèche, banjo font leur apparition. C’est l’époque de la conquête de l’Ouest, des Cow-boys, des chevaux, des bottes de cuir, des chapeaux. Le décor de la danse country y trouve son origine.

Ces danses en couple, pouvaient être exécutées en cercle, en frappant des mains, parce qu’elles étaient très influencées par la « Danse en Carré » anglaise, avec des couples qui s’échangent, les « mixer » que l’on trouve toujours dans le country et par le « Quadrille » français, qu’introduisent les immigrants de ces pays. L’influence irlandaise aussi, notamment de la « Gigue » danse paysanne irlandaise dansée avec des sabots, ce qui provoquait un bruit rythmique, qui bien plus tard, américanisée, deviendra le « Tap Dance », danse de claquettes, aujourd’hui redevenu très en vogue.

En même temps que la « Danse de couple » traditionnelle évoluait vers une danse plus chorégraphiée, à plusieurs couples, devenant la « Danse en Carré », les cow-boys solitaires, qui de ranch en ranch avaient souvent une vie de nomades, s’associèrent aux danses, en dansant seul mais formant un groupe, en imitant les pas et figures des danseurs de couple. Ils donnèrent naissance à ce formidable courant qui prit bien plus tard, au fur et à mesure de son organisation, le nom de « Danse en Ligne ».

Un grand courant d’expression de danse était né, en même temps que beaucoup d’autres expressions artistiques et corporelles qui vont jusqu’à la fin du 19ème siècle asseoir chacune les bases techniques et artistiques des danses qui vont connaître leur pleine maturité dès le début du 20ème siècle, période à laquelle une véritable explosion musicale donnera naissance à bien des nouveaux styles. Cette diversité musicale essentiellement née du formidable « Melting Pot » des populations et des cultures de cette Amérique en pleine expansion a été rendue possible par l’évolution sans précédent des instruments de musique qui offraient par leur diversité les moyens d’un support illimité dans l’expression musicale, et donc dans son prolongement naturel, la danse.

Mais comment expliquer qu’un siècle plus tard, aujourd’hui donc, la vieille « Danse Country », expression rurale, soit toujours aussi prisée, peut-être encore davantage, par des populations éminemment urbaines ? Non, ce n’est sûrement pas un mystère !

Un passé récent...

Si elle a su durer à travers le 20ème siècle par son incomparable révolution musicale et artistique, c’est que la « Danse Country » a su s’adapter aux nouvelles tendances, se complexifier dans sa technique pour la rendre attrayante, épouser les courants musicaux pour maintenir sa modernité. Elle a donc su évoluer sans pour autant perdre son caractère original qui, aux accents de « Polka », de « Mazurka », de « Valse » lui confère aujourd’hui encore toute sa particularité.

Aux États-Unis, en ce début de 20ème siècle, les apports très diversifiés des populations immigrées donnèrent naissance, en se conjuguant, à de multiples formes de danses populaires qui vinrent reléguer « Valse, Mazurka, Polka », au rang de danses d’origine paysanne. Apparurent « Danse en Carré, Tap Dance », puis avec l’évolution des courants musicaux, « Fox-Trot », et les rythmes latino-américains, « Rumba, Tango, Cha Cha, Salsa ».

Les mouvements syncopés et très rythmés des danses afro-américaines devinrent également très populaires avant la 2ème guerre; « Cakewalk et Charleston » sont des danses issues de ces courants, qui vont également venir influencer la ‘vieille’ danse country.

Période faste, s’il en est, que cette première partie du 20ème siècle, dans l’évolution des danses « Lindy Hop, Jitterbug, Boogie Woogie, Jive, Méringué ». Venant des États-Unis, apportés par les soldats et les nouvelles transmissions, de plus en plus de danses inédites, aux accents de ‘Swing’ de ‘Boogie’ de ‘Blues’ et de ‘Jazz’ firent leur entrée en Europe dans les bals populaires. Mais c’est incontestablement, dès les années 1950, issu du « Be-Bop », que le « Rock ‘N Roll » va prendre, pour longtemps, la première place, que ne détrôneront pas les autres danses, comme le « Twist ou le Hully Gully ».

En Europe une danse va faire connaître, indirectement, le style « Danse Country » en 1962. Parce qu’elle se danse en ligne, parce qu’elle se danse en groupe, parce qu’elle offre cette convivialité, cet esprit de communion entre les danseurs qui exécutent au même rythme les mêmes pas : il s’agit du « Madison ». Le très grand succès de cette danse, à la chorégraphie simple mais précise s’est confirmé depuis, dans toutes les manifestations dansantes, quand un air de style country était joué. Le film « West Side Story » a largement contribué à sa diffusion. C’est d’autant plus étonnant dans un contexte marqué par une évolution des danses d’expression ‘individualiste’ tels que « Jerk, Reggae, Pop » où le danseur évolue seul au gré de son inspiration, sans chorégraphie précise.

Dans les années 1980, dans les quartiers populaires naît le « Break Dance », danse très acrobatique, exécutée en solitaire au milieu d’un groupe, au rythme de la « Hip Hop », musique très cadencée. La musique n’a cessé d’évoluer, l’homme ne cessera d’inventer de nouvelles danses.

C’est dans ce contexte pourtant mouvementé que la « Danse Country », loin de disparaître a su maintenir sa spécificité au point de connaître un net regain, notamment en Belgique, Allemagne et Royaume-Uni qui sont parmi les nations les plus dynamiques aujourd’hui.

La renaissance...

Tout simplement, n’en déplaise aux puristes, la « Danse Country » a su réussir l’intégration des accents nouveaux à travers son histoire, et loin de rester figé, ce loisir a incorporé les spécificités des nouvelles danses, poursuivant ainsi son évolution. Le « West Coast Swing, Boogie, Cha Cha, East Coast Swing », tous ces styles viennent complémenter les ‘Classiques’ et sa diversité. Les danses « en ligne, de couple et de partenaires » deviennent alors garantes de son succès.

Au Québec, c’est à la fin des années 1980 et début des années 1990 que la « Danse Country » fait son apparition. Les états du Sud et de l’Ouest américain attirent de plus en plus le tourisme de chez nous, tous à la recherche de nouveautés et surtout venus faire le plein de soleil. Plusieurs y découvrent ce style de musique que l’on appelle « Country », interprété soit par des groupes ou bien des individus et sur lequel de nombreuses personnes démontrent leur talent de danseurs sur une chorégraphie bien établie. Ils découvrent alors cette forme d' art que l’on appelle « Danse Country ». Ils en reviendront emballés et prêts à tout pour satisfaire leur curiosité et aussi leur appétit. Pour ce faire, plusieurs n’hésiteront pas à faire des voyages outre frontière à tous les mois, allant même jusqu’à Nashville pour y apprendre les toutes dernières chorégraphies. Une tendance vient de naître, et par le fait même une demande est créée. On voit dès lors apparaître les premières écoles de « Danse Country » au Québec.

Nous en sommes également aux premières années des « Festivals Country ». Certes, quelques-uns roulent leur bosse depuis déjà un certain temps. Mais un phénomène nouveau apparaît vers les années 1992. Pour combler les intermissions lors des spectacles, on commence à y diffuser de la « Musique Country », mais pas n’importe laquelle, celle de nos voisins du Sud. Le succès est instantané, les planchers de danse se remplissent, en grande partie bien sûr de débutants, mais n’était-ce pas là un moyen de faire connaître ce nouveau style de danse.

Plusieurs peuvent certainement revendiquer l’apparition sinon la naissance de la « Danse Country » au Québec, mais peu sont ceux qui étaient en mesure de prédire son évolution, telle que nous la connaissons aujourd’hui; un mouvement qui n’aura de cesse de s’accentuer. Les années qui suivront verront naître un courant sans précédent.

Dans la même veine, on ne peut en dire autant pour ce qui est des nombreux bars avec salles de danse qui voient le jour. Leur longévité est plus qu’éphémère. Trop peu trop tard, la « Danse Country » n’a pas encore atteint cette maturité qui règne chez nos voisins du sud. Le nombre d’adeptes ne permet pas de maintenir toutes ces salles en vie. Certains rivaliseront d’ingéniosité, allant même à faire venir des artistes de la chanson country des États-Unis. Les années qui suivront verront s’éteindre, un après l’autre, une grande partie de ces bars, au profit des salles de danse que nous connaissons aujourd’hui.

Aujourd’hui...

Après une évolution remarquable, difficile de dire à combien se chiffre le nombre d’écoles de « Danse Country » au Québec. Encore-là, rien ne vient recenser cette évolution de plus d’une décennie. Les plus audacieux vous diront que ce nombre se situe à près de 300 écoles. Difficile à croire ! Il serait illusoire de prétendre détenir la vérité sur le nombre exact d’écoles qui ont pignon sur rue, malgré qu’il est plus probable que ce chiffre se situe aux environs de 200.

Aujourd’hui, le nombre d’adeptes de la « Danse Country » se chiffre par milliers, pour ne pas dire par dizaines de milliers. Cette vague qui déferle sur nous voit naître annuellement plusieurs centaines de nouveaux adeptes et en voit aussi malheureusement disparaître. Ce courant suit indéniablement la même courbe de progression que celle des écoles de danse. Nous pouvons appeler cela le jeu de l’offre et de la demande.

La nette augmentation du nombre de festivals country au cours des dernières années a certainement permis de faire évoluer encore plus la « Danse Country ». Un effet « boule de neige » a été créé. Du petit nombre qu’ils étaient au début des années 1990, ce nombre a été multiplié pour ainsi dire par dix. On décèle certes l’appât du gain pour certains; pour d’autres, on y voit plus une bonne source de financement pour des œuvres diverses. Qu’à cela ne tienne, aujourd’hui la grande majorité d’entre ces festivals font leur part annuellement pour promouvoir la « Danse Country », en érigeant un chapiteau dédié spécifiquement à ce style de danse. De nombreuses écoles profitent d’ailleurs de cette fenêtre extraordinaire pour faire la promotion de leurs cours et soirées et ainsi montrer au public en général, ce grand plaisir qu’est ce loisir.

Depuis quelques années, on voit naître des festivals dédiés particulièrement à la « Danse Country ». Sans doute un besoin qui se faisait sentir, ne serait-ce que de par les coûts d’admission demandés par les festivals conventionnels. Est-ce une riposte? L’avenir nous le dira. Il est encore trop tôt pour évaluer toutes les répercussions qu’auront ces festivals nouveau genre vis-à-vis ceux qui sont bien établis. Mais à première vue, le cheminement semble bien enclenché, puisqu’on peut facilement multiplier ce nombre par 2 annuellement.

Les « Ateliers, Workshops, Méga, 12 heures » auront eux aussi permis en grande partie cette évolution fulgurante. Avec une diffusion innovatrice, où l‘on y dévoile de nouvelles danses chorégraphiées par des gens du Québec, mais aussi d’ailleurs, on a créé cet engouement, que de nombreux professeurs mais aussi et surtout bon nombre d’adeptes de la « Danse Country » au Québec recherchaient.

Que dire de nos chorégraphes québécois, si ce n’est qu’au début des années 1990, la grande majorité des chorégraphies enseignées nous provenaient, soient des États-Unis, d’Angleterre, d’Europe ou du Canada anglais. Ce ne sera que quelques années plus tard que nous verrons apparaître les premières chorégraphies conçues par des gens d’ici. On peut dès lors compter les chorégraphes du Québec sur les doigts d’une seule main. Pourtant, ils sont bien là. Du petit nombre qu’ils étaient au début, ils n’auront de cesse d’augmenter, suivant ainsi cette courbe vers la hausse qui touche les écoles de danse et par le fait même, les danseurs. De nos jours, plus de 50% des danses enseignées sont le fruit de chorégraphes québécois. Un succès sans précédent, si l’on considère que bon nombre de ces chorégraphies ont dépassé nos frontières.

Les salles de danse sont maintenant roi et maître. Aujourd’hui, pratiquement chaque salle de danse a son école attitrée. La guerre que se faisaient les bars au début des années 1990 a maintenant fait place à des points de rencontre où les danseurs socialisent tout en pratiquant les nouveautés enseignées. Le bon voisinage est de mise et tous en tirent un avantage certain.

Dans un autre contexte, la « Danse Country » a su s’adapter à un autre élément de taille. Cet élément s’appelle l’Internet. Si cette dernière en est rendue là où elle est aujourd’hui, c’est aussi en grande partie grâce à l’Internet. Ce qui était long et fastidieux au début est devenu tellement plus facile. D’un simple toucher, il est possible maintenant d’obtenir une foule de renseignements sur tout ce qui concerne la « Danse Country ». Les écoles de danse se sont elles aussi mises à la page. Qui n’a pas son adresse Internet aujourd’hui. La venue, au cours des dernières années, de ‘sites’ spécialisés en « Danse Country » a aussi grandement contribué à l’évolution de la danse comme telle, mais surtout à celle du danseur. Toujours soucieux d’approfondir ses connaissances ‘l’Internaute danseur’ peut y retrouver toutes sortes d’informations dans le but de mieux se renseigner et par le fait même être aidé à faire un choix des plus judicieux. Personne ne peut en douter; l’Internet aura encore son mot à dire dans l’évolution de la « Danse Country » pour plusieurs années...

Cet article est tiré du site Web http://www.countrydancemag.com.

© SolykZ « Un cowboy est mort en buvant du lait... La vache s'est assise... » [ ↑ ] • Denver Line Dancing v.8/9